LE PROBLEME CENTRAFRICAIN. Sujet n°1: Le complexe d’infériorité

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Certains reprochaient au Général de Gaulle d’aimer la France plus que les Français. D’être tout à la grandeur de la France, sans se préoccuper du quotidien des Français.
Eh bien, nous avons longuement décliné la politique que nous entendons mener durant notre mandature, articulée autour de onze axes, le tout, sous-tendu par une idée force: vivre en tant que nation sans nul besoin de la caution de quiconque.
Après avoir tant parlé du Centrafrique, il nous semble opportun d’entamer la discussion sur celui qui est au cœur de notre action, le Centrafricain.
Car la réalité est aussi triste que simple: si nous n’avons pas su produire le progrès, c’est que nous sommes, Centrafricains, le problème.
Nous choisirons un thème désormais hebdomadairement â développer. Vous pourriez en suggérer, naturellement.
Aujourd’hui, le complexe d’infériorité. Cela m’écorche les lèvres à le dire, mais de toute l’Afrique, nous sommes, en tant que peuple, celui qui est le plus complexé. Ce complexe a atteint un tel point culminant que désormais nous le sommes, non plus par rapport à l’occident, mais par rapport à nos propres frères Africains.
Un jour, un ami Camerounais m’ a dit, écœuré:  » mon frère, pourquoi vous êtes comme ça même? Vous avez trop peur des étrangers. On dirait que chez-vous, tout le monde peut réussir, tant que ce n’est pas un de vos compatriotes, ça ne vous pose aucun problème ». Bien-sûr, il ne voulait pas prononcer le mot complexe d’infériorité.
Il y a une dizaine de jours, à l’aéroport de Bangui Mpoko, il s’est passé une scène qui m’a lacéré le cœur. Les fauves de Basket-ball, que certains sont prompts à célébrer si hypocritement, en partance pour la France, se sont vus refuser l’entrée du salon d’honneur. Les fauves, à l’origine de rares moments de fierté nationale! Quelques minutes après, un opérateur économique étranger, en culotte, a été accepté dans ce même salon!
Précisons qu’il ne s’agit pas ici de l’apologie de la xénophobie. Mon éducation, mes fréquentations, mes convictions se donnent la main pour s’y refuser.
Je parle ici de l’esprit national, ce petit rien indispensable qui fait que les gens modestes aussi bien que les puissants se sentent chez eux.
Désormais, n’importe qui, envoyé en terre Centrafricaine, quelle que soit sa mission, se croit autorisé à faire la leçon aux Centrafricains, à tous les Centrafricains, du plus humble au plus puissant. Et le Centrafricain aura toujours tort, quoi qu’il arrive, tant au commissariat qu’au tribunal.
Pour faire une nation, il faut également un peuple, un territoire. Il faut surtout un sentiment d’appartenance. Et le sentiment d’appartenance dépend parfois du traitement qu’on nous réserve.
Or donc, aujourd’hui, les Centrafricains sont perdus. Ils ont besoin de repères pour reprendre confiance en eux.
La solution? Une gouvernance basée sur l’esprit national, une politique ambitieuse de grandes réalisations qui engendrent la fierté de notre peuple. Mais plus que tout, sur cette terre qui est nôtre, la certitude que les Centrafricains, tous les Centrafricains, passent avant tout le reste.
Je pense que sur cette question au moins, tous les Centrafricains doivent être d’accord. Sinon, d’ici une dizaine d’années, ils seront étrangers dans leur propre pays, n’auront plus de terre où cultiver, construire, se feront malmener, avec la bénédiction de la justice de leur propre pays.
L’exemple doit donc venir des dirigeants Centrafricains. Ils doivent arrêter de se prévaloir de leur prétendues relations à l’extérieur comme une source de légitimité les disposant à conduire la destinée nationale.
Peut-être qu’après ça, le peuple reprendra confiance, et le progrès passera par là.
Car il n’y aura jamais de progrès possible sans une claire conscience de nos responsabilités, à tous les niveaux, du plus petit au plus grand. Tant qu’il n’y aura pas une élite économique nationale, que l’Etat doit encourager à travers des mesures incitatives, notamment un quota pour les entreprises nationales comme nous sommes entrain de le voir en Côte d’Ivoire, une éducation à la base qui passe par la construction des écoles, des réformes foncières et agraires qui protègent les nationaux comme en Afrique du Sud depuis une année.

« il y a tant à faire et on a fait si peu » Tennyson.

Me Crépin Mboli-Goumba